Samedi 6 septembre 2008, Arrivée à Delhi

“Détends toi et souris”. C’est le conseil des guides aux voyageurs pour faire face à la misère, aux tracas et aux harcèlements.

C’est encore facile à l’aéroport, qui ressemble en tous points à un aéroport, juste en plus petit. Comme je voyage en classe affaires et sans bagages, je passe les contrôles comme un courant d’air. Je repère le chauffeur envoyé par l’hôtel et j’ai le temps d’attendre les autres passagers pour la même destination, un jeune couple d’Espagnols, affublés, comme tous les touristes que je vais croiser, de sacs à dos démesurés. Je repère le distributeur de billets, caché dans une sorte de bungalow en lambris. D’un sourire, je balaie cinq rabatteurs qui veulent me pousser vers un taxi. D’un autre je prie la vendeuse de bonbons de me rendre ma monnaie avec un joli billet et non un tout déchiré (il paraît qu’il faut faire attention). Quand nous sommes prêts, nous sortons dans l’air chaud de la nuit, croisant devant le terminal des familles chargées de paquets, les femmes en sari de couleur. Derrière une file d’ « Ambassador », sorte de Dauphine qui forme l’essentiel des taxis de Delhi, nous empruntons un couloir blafard jusqu’au parking, où l’on évite quelques flaques et quelques chiens pelés. Il tombe une légère bruine tiède. La voiture est en bon état, le chauffeur raisonnablement prudent, on peut se détendre pendant le trajet, du moins les moments où notre auto a une file entière à elle, sans avoir à la négocier avec les omniprésents pousse-pousse à moteur jaunes et verts, les vélos, les autos, les camions aveugles, les piétons suicidaires qui longent ou traversent l’autoroute. Sans compter qu’avec les travaux du métro express pour l’aéroport, un grand bout de chaussée est souvent mangé sans préavis. Delhi, paraît-il, se prépare pour les « Jeux Asiatiques » de 2010 et entretient un sentiment d’infériorité après la démonstration de puissance de la Chine dans l’organisation des jeux olympiques de Pékin. De New Delhi, nous voyons à la lueur des phares de larges avenues bordées de jungle, de casernes et de résidences du gouvernement et partout les bordures de chaussée en béton jaune et noir. Voici ma première vache, sorte de zébu gris clair qui médite sur le trottoir, la tête posée sur les mains. Il n’ya plus grand monde dehors. Pour se faire une idée, nous attendrons demain.

Près de la gare, cent néons superbes comme à Las Vegas annoncent des hôtels de voyageurs. Le pouilleux voisine avec le crasseux, mais aussi avec le minable. Malgré son manager huileux et son odeur de moisi, l’hôtel Ajanta n’est visiblement pas le pire logis du quartier. La douche fonctionne, la lunette de WC a été, comme à l’Holiday Inn, « stérilisée pour ma protection », ainsi que l’indique la bande de papier qui la scelle, papier maculé de grasses taches jaunes qui sentent le curry (après tout, c’est peut-être un désinfectant), rappelant étrangement les taches sur l’emballage du verre à dents, qui, lui, a été « spécialement nettoyé pour mon confort ». Il fait chaud mais c’est de ma faute, je n’aime pas dormir sous un ventilateur. Il est déjà minuit et je m’endors assez vite.

Note : les photos sur ce carnet de voyage ne sont pas toutes de moi. En général les jolies je les ai choisies sur internet pour refléter mes impressions de là-bas.

1 commentaire:

Béatrice a dit…

Ah comme c'est dur la vie au sortir de sa classe affaire... Mais finalement, le dépaysement semble te plaire, non ?